Aujourd’hui, j’ai reçu par e-mail, de mon ami Jean-Christophe, un lien vers une vidéo de Steve Jobs, archivée par l’INA, datant de 1984.
Non, cela n’est pas la fameuse vidéo de présentation du premier Macintosh en janvier 1984, celle-ci date d’avril de la même année. Steve Jobs alors âgé de 29 ans explique lors d’une interview à France 2 pourquoi il a décidé d’investir en France chez un fabriquant de composants électroniques.
Il y déclare quelque chose qui m’a beaucoup interpelé :
« En Europe vous vivez l'échec comme quelque chose de grave, cela vous suit toute votre vie alors que dans la Silicon Valley quand on tombe, on se lève et l’on recommence ! »
Cette Interview a pratiquement 30 ans et pourtant il a toujours raison.
Je vois encore beaucoup d’entrepreneurs qui baissent les bras après un premier échec et sont « heureux » de décrocher par la suite un CDI dans une belle multinationale ou encore mieux l’administration… (Crise d’urticaire)
Ils n'osent plus trop évoquer cette précédente vie d'entrepreneur, et quand ils le font c'est souvent en termes peu positifs comme s'ils avaient honte d'avoir essayé et encore plus d'avoir échoué.
Et pourtant entreprendre c’est aussi vivre des échecs. Des échecs qu’il faut considérer comme de l’expérience, des erreurs qu’il faut savoir analyser pour mieux rebondir. On ne peut pas tout réussir du premier coup.
J’ai moi même vécu des échecs, dont un particulièrement fort en 2002, après l’explosion de la bulle Internet avec deux liquidations judiciaires de sociétés, dont TopFinance.com – une communauté boursière très active - suivie d’une vente aux enchères de leurs actifs.
Croyez moi voir vos serveurs sur lesquels vous avez travaillé tant de nuits partir dans un camion pour ne jamais revenir cela fait très mal au cœur…
Et pourtant j’avais bien pris bien soin d’investir la totalité de mon patrimoine dans ces sociétés, jusqu’au dernier euro et j’étais même furieux de ne pas avoir réussi à m’endetter pour y réinjecter des fonds…
Je creusais mon propre trou avec un réel enthousiasme !
Quand tout s’est brusquement arrêté, j’ai eu l’impression de me prendre un mur à pleine vitesse, un bon mur de forteresse à la vitesse d’un beau jet, sans pouvoir prétendre a aucune assurance chômage.
Lorsque j’ai demandé si il existait éventuellement une assistance très limitée - d’un mois ou deux - le temps que je clôture proprement tous les dossiers, relance les clients qui nous devaient encore de l’argent et prépare l’éventuel dossier d’un repreneur pour le liquidateur j’ai eu droit à une mythique réponse « Monsieur, un travail vous en aviez un, il fallait vous débrouiller pour le garder »
À ce moment-là, j’aurai pu aller travailler chez France Telecom, comme le rêvait ma mère, mais j’ai préféré comprendre comment j’en étais arrivé là, j’ai donc analysé cette aventure et j’en ai tiré 2 grandes conclusions :
1/ Avant l’heure ce n’est pas l’heure, après l’heure ce n’est plus l’heure.
Je pense que nous avions laissé passer la bonne heure, surement à être trop occupés à animer la communauté, à développer de nouvelles fonctionnalités, plutôt de que faire la tournée des acquéreurs… Mais je l’aimais ce site et j’avais du mal à ne pas lui imaginer 20 nouvelles fonctionnalités par jour.
À gérer cette société comme un épicier, à tenter de garder les pieds sur terre, je n’avais pas vu que les autres étaient grimpés jusqu’au ciel pour s’y bruler les ailes et qu’ils nous accompagneraient dans leur chute.
Je n’ai pas maitrisé l’explosion de la bulle Internet et la disparition soudaine de tous nos annonceurs, donc de nos clients.
Cependant, j’aurai du avoir la force de tout arrêter « en douceur » au moins 1 an auparavant et non espérer que les clients reviennent, alors qu’ils n’existaient plus.
Je n’aurai jamais du espérer non plus que le prétendu acheteur, un opérateur télécom qui aime les oranges, dont nous avions une lettre d’intention d’achat encadrée, finisse par envoyer son gros chèque alors que la directrice des acquisitions faisait elle même certainement valoir ses droits à l’assurance chômage.
Quand c’est mort, c’est mort ! Ne pas vouloir le voir ce n’est que se creuser une tombe plus profonde.
2/ Rien ne se perd, tout se transforme
Nous avions fait des choses fabuleuses, plus de 10 ans après, on trouve toujours de beaux avis positifs sur TopFinance.com.
J’avais accumulé de nombreuses compétences aussi bien techniques que marketing, et un bon réseau professionnel de confiance.
Avec le comparatif interactif des courtiers en ligne, nous avions vendu des milliers et milliers de contacts qualifiés – leads - tout en rendant service aux utilisateurs.
Nous avions testé des abonnements par carte bancaire, par micro paiement, vendu des bannières ultras ciblées une fortune et acheté des clics à quelques centimes.
Je savais créer des produits, générer de l’audience et la monétiser.
Couplé à un bon réseau professionnel – l’honnêteté cela paye - il n’y avait plus qu’à rallumer à fond les moteurs, inverser la poussée et redresser l’appareil !
Vos échecs peuvent devenir vos forces.
Il n’y a aucun simulateur sur lequel on apprend à devenir entrepreneur, c’est comme le vélo, ou le skateboard ;-), il faut parfois tomber, comprendre pourquoi c’est arrivé, remonter sur la bicyclette, et soudainement la maitriser, parfois même sans les mains !
Pour en revenir à cette vidéo, Apple pesait alors des centaines de millions de dollars, aujourd’hui cela se compte en centaines de milliards de dollars.
Je suis un bon client d’Apple, mais je n’idolâtre pas Steve Jobs. Je respecte cependant le grand chef d’entreprises qu’il est.
Principalement grâce à lui les ordinateurs ne sont plus forcément beiges, les téléphones n'ont plus forcément de touche, un système d'exploitation peut être ergonomique tout en étant cool, sans oublier les dessins animés qui ne sont plus forcément en 2D.
Steve Jobs vient de démissionner pour des raisons médicales, je lui souhaite de pouvoir prochainement revenir à la tête d’Apple et j’espère que d’ici là nous, entrepreneurs européens, aurons ENFIN de meilleures nouvelles à lui communiquer sur notre capacité à rebondir !
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